L'avenant : ce que le marché peut changer en cours de chantier, et votre droit à être payé

C'est la phrase qui coûte le plus cher sur un chantier public : « faites-le, on régularisera à la fin ». Elle repose sur une croyance répandue — un marché public serait intouchable — et sur une ignorance : celle des six portes que le code ouvre, et de l'article de loi qui vous donne droit à une juste rémunération des travaux nécessaires au bon achèvement de l'ouvrage.

10 min de lectureMis à jour le 17 septembre 2026

Six portes, et une limite qu’aucune ne franchit

Un marché peut être modifié sans nouvelle procédure de mise en concurrence dans six cas, énumérés par la loi : les modifications prévues dans les documents contractuels initiaux ; les travaux, fournitures ou services supplémentaires devenus nécessaires ; les modifications rendues nécessaires par des circonstances imprévues ; la substitution d'un nouveau titulaire ; les modifications non substantielles ; les modifications de faible montant.

La liste est celle du code, pas celle d'un usage local. Un maître d'ouvrage qui affirme qu'aucun avenant n'est possible se trompe ; un maître d'ouvrage qui promet un avenant sans vérifier dans quel cas il se place vous expose, car un avenant irrégulier peut être contesté.

Une limite traverse ces six cas et ne souffre aucune exception : qu'elles soient apportées par voie conventionnelle ou, s'agissant d'un contrat administratif, unilatéralement par l'acheteur, ces modifications ne peuvent changer la nature globale du marché. On adapte un marché, on n'en fabrique pas un autre.

Première conséquence pratique, avant toute autre : la modification doit reposer sur un cas identifié et se formaliser. L'accord verbal du conducteur de travaux n'est aucun des six cas. Ce qui vous protège, c'est un ordre de service écrit, puis un avenant.

Les travaux supplémentaires devenus nécessaires : jusqu’à 50 %

C'est le cas le plus fréquent sur un chantier. Le marché peut être modifié lorsque des travaux supplémentaires, quel que soit leur montant, sont devenus nécessaires et ne figuraient pas dans le marché initial, à la condition qu'un changement de titulaire soit impossible pour des raisons économiques ou techniques — tenant notamment à des exigences d'interchangeabilité ou d'interopérabilité avec les installations existantes achetées dans le cadre du marché initial.

Cette condition est presque toujours remplie en travaux : on ne fait pas reprendre par une autre entreprise la modification d'une installation que vous venez de poser, sans créer un problème de responsabilité et de garantie. C'est le fondement juridique de l'avenant de travaux supplémentaires.

Le montant de la modification ne peut être supérieur à 50 % du montant du marché initial, et lorsque plusieurs modifications successives sont effectuées, cette limite s'applique au montant de chaque modification. Ces modifications successives ne doivent toutefois pas avoir pour objet de contourner les obligations de publicité et de mise en concurrence — un marché découpé en avenants répétés n'est pas régularisable de cette façon.

Le calcul tient compte de la mise en œuvre de la clause de variation des prix : révision et actualisation entrent dans l'appréciation du montant de la modification. C'est un point technique, mais il joue en votre faveur quand le chantier s'étire.

Les circonstances imprévues, et les modifications de faible montant

Deuxième porte utile sur un chantier : le marché peut être modifié lorsque la modification est rendue nécessaire par des circonstances qu'un acheteur diligent ne pouvait pas prévoir. La même limite de 50 % s'applique, et le même calcul tenant compte de la variation des prix.

Le critère est celui de l'acheteur diligent, pas celui de l'entreprise. Une découverte de sol, un réseau non repéré, un état de structure différent des plans relèvent typiquement de cette catégorie — sous réserve, évidemment, que le dossier de consultation ne les ait pas annoncés.

Troisième porte, la plus simple : le marché peut être modifié lorsque le montant de la modification est inférieur aux seuils européens et à 15 % du montant du marché initial pour les marchés de travaux — 10 % pour les fournitures et services — sans qu'il soit nécessaire de vérifier si la modification est substantielle.

Attention au cumul : lorsque plusieurs modifications successives de faible montant sont effectuées, l'acheteur prend en compte leur montant cumulé. Les 15 % ne se renouvellent pas à chaque avenant ; c'est une enveloppe, et elle se consomme.

Ce qu’un avenant ne peut pas faire

Le marché peut être modifié sans nouvelle mise en concurrence lorsque les modifications ne sont pas substantielles. Le code définit ce caractère substantiel par quatre critères, dont la réunion d'un seul suffit — et il vaut la peine de les connaître, parce qu'ils expliquent les refus légitimes.

Une modification est substantielle lorsqu'elle introduit des conditions qui, si elles avaient figuré dans la procédure initiale, auraient attiré davantage d'opérateurs, permis l'admission d'autres opérateurs ou permis le choix d'une autre offre ; lorsqu'elle modifie l'équilibre économique du marché en faveur du titulaire d'une manière non prévue ; lorsqu'elle modifie considérablement l'objet du marché ; ou lorsqu'elle remplace le titulaire hors des cas autorisés.

Le deuxième critère est celui qui vous concerne le plus directement. Un avenant qui améliorerait votre rémunération sans contrepartie — parce que vous avez sous-estimé votre prix, par exemple — bascule dans le substantiel, et il est irrégulier. Ce n'est pas une rigidité administrative : c'est la contrepartie du fait que vous avez été choisi sur un prix face à des concurrents.

La substitution d'un nouveau titulaire, elle, n'est admise que par le jeu d'une clause de réexamen, ou lors d'une cession du marché à la suite d'une restructuration, à condition qu'elle n'entraîne pas d'autres modifications substantielles, qu'elle ne vise pas à soustraire le marché à la concurrence, et que le nouveau titulaire remplisse les conditions fixées pour la procédure initiale. Une transmission d'entreprise en cours de marché se prépare donc avec ce texte sous les yeux.

Votre droit à une juste rémunération

Voici l'article qu'il faut connaître par cœur, parce qu'il a été écrit pour les entreprises du bâtiment et qu'il date de 2019 : les prestations supplémentaires ou modificatives demandées par l'acheteur au titulaire d'un marché public de travaux, qui sont nécessaires au bon achèvement de l'ouvrage et ont une incidence financière sur le marché, font l'objet d'une contrepartie permettant une juste rémunération du titulaire.

Ce n'est pas une clause de CCAG que le CCAP pourrait écarter : c'est une disposition législative du code de la commande publique. Elle vise exactement la situation où l'on vous demande de faire plus, où l'ouvrage ne peut pas s'achever sans cela, et où l'on discute ensuite du prix.

Une seconde disposition complète la protection lorsque l'acheteur modifie le contrat de sa propre autorité : lorsqu'il apporte unilatéralement une modification à un contrat administratif, le cocontractant a droit au maintien de l'équilibre financier du contrat.

Ces deux textes ne vous dispensent pas d'écrire — ils vous donnent la matière de ce que vous écrivez. Demandez l'ordre de service, chiffrez la prestation supplémentaire avant de l'exécuter lorsque c'est possible, et rappelez le fondement : prestation nécessaire au bon achèvement de l'ouvrage, incidence financière, juste rémunération. Et n'oubliez pas l'avis à donner trente jours avant que le montant des travaux n'atteigne le montant contractuel, sans lequel le supplément exécuté n'est pas payé : le sujet est traité dans notre guide du prix et des quantités.

Questions fréquentes

Peut-on faire un avenant sur un marché public ?

Oui. Le code prévoit six cas de modification sans nouvelle mise en concurrence : modifications prévues aux documents initiaux, travaux supplémentaires devenus nécessaires, circonstances imprévues, substitution de titulaire, modifications non substantielles et modifications de faible montant. Aucune ne peut changer la nature globale du marché.

Jusqu'à quel montant peut-on augmenter un marché par avenant ?

Pour des travaux supplémentaires devenus nécessaires ou des circonstances imprévues, le montant de la modification ne peut excéder 50 % du montant du marché initial, cette limite s'appliquant au montant de chaque modification successive — sans que ces modifications visent à contourner la publicité et la mise en concurrence. Pour les modifications de faible montant, la limite est de 15 % en travaux, cumul compris, et sous les seuils européens.

Le conducteur de travaux m'a demandé oralement une prestation en plus. Suis-je couvert ?

Non. Demandez un ordre de service écrit, et à défaut confirmez par courriel le jour même : l'objet, l'auteur de la demande, la date, la raison pour laquelle l'ouvrage ne peut pas s'achever sans cette prestation et le montant estimé. Sans trace, la discussion au décompte final se fait sans pièce de votre côté.

L'acheteur peut-il refuser de payer des travaux supplémentaires qu'il a demandés ?

La loi prévoit que les prestations supplémentaires ou modificatives demandées par l'acheteur, nécessaires au bon achèvement de l'ouvrage et ayant une incidence financière, font l'objet d'une contrepartie permettant une juste rémunération du titulaire. Encore faut-il établir la demande et la nécessité : c'est ce que font vos écrits datés. Vérifiez aussi que vous avez averti trente jours avant d'atteindre le montant contractuel du marché.

Puis-je demander un avenant parce que je me suis trompé dans mon prix ?

Non. Une modification qui modifie l'équilibre économique du marché en faveur du titulaire d'une manière non prévue par le marché initial est substantielle, donc irrégulière sans nouvelle mise en concurrence. L'erreur de chiffrage reste à votre charge — c'est la contrepartie d'avoir été retenu sur un prix face à des concurrents.

Je cède mon entreprise en cours de marché. Le marché suit-il ?

C'est possible dans un cadre précis : substitution par le jeu d'une clause de réexamen, ou cession du marché à la suite d'une restructuration, à condition qu'il n'y ait pas d'autre modification substantielle, que l'opération ne vise pas à soustraire le marché à la concurrence, et que le nouveau titulaire remplisse les conditions fixées pour la procédure initiale. Prévenez l'acheteur en amont : l'opération se prépare, elle ne se constate pas.

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